L’ECRITURE
‘’SHÜ-MOM’’ DES BAMOUN
Entre Culture et Mythe Incontestablement, l’écriture
Shü-mom demeure la manifestation la plus éclatante
et la plus extraordinaire de la culture Bamoun.
En effet, et bien que jalonnée
de nombreux symboles forts, l’Histoire du peuple Bamoun
a, grâce à l’écriture inventée
par le roi Njoya, acquis une aura et éclat qui
en font l’une des plus vivantes et des plus prestigieuses
de l’histoire de notre pays.
En réalité, le Roi Njoya avait voulu ériger
la culture Bamoun en une donnée qui s’impose par
elle-même avec la force de ses réalisations
et qui, au-delà de l’espace et par-delà
le temps, s’illustre comme élément de la
civilisation universelle. L’écriture qu’il a inventée
allait s’avérer être une des manifestations
majeures de sa grande générosité
intellectuelle.
De ce point de vue, Njoya, incontestablement, fut un grand
homme, affichant à la face du monde, son intelligence
et sa grande créativité.
De ce fait, ce qui impressionnait le
plus chez Njoya, c’était son imagination fertile.
Son propre système d’écriture qui avait
pris naissance avant l’arrivée des Allemands, fit
d’autant plus de sensation que l’on ne connaissait, au
Sud du Sahara, que très peu de peuples ayant conçu
un système approchant.
On doit à Bernard Struck le témoignage
ci-après paru en 1908 dans le Journal Globus :
‘’Njoya fut sans doute un des Africains de l’Ouest les
plus intelligents et les plus énergiques ; de même,
son écriture qu’il a inventée symbolise-t-elle
l’évolution spirituelle du pays Bamoun’’.
Pareil hommage, de la bouche de l’autorité
coloniale, d’ordinaire peu incliner à unetelle
éloge pour les valeurs culturelles des peuples
dominés, ne peut que conforter dans l’idée
de la grandeur de l’œuvre de Njoya.
C’est dire également combien cette
invention fut accueillie en son temps comme un événement
culturel majeur, dont la contribution fut d’un rapport
hautement significatif et positif à l’avènement
de la civilisation universelle.
Ici, l’écriture cesse d’être
culture. Elle devient mythe, à la fois comme mode
d’organisation de la société ; ensuite comme
moyen de communication, voire de communion ; enfin comme
facteur vital de pérennisation des modèles
culturels et philosophiques propres au peuple Bamoun.
Dans sa fonction éducative et
pédagogique, l’écriture s’impose comme socle
unificateur d’une société Bamoun, en quête
d’une identité, tiraillée entre l’influence
de la culture originaire Tikar, et les apports des coutumes
locales d’emprunt héritées des populations
soumises.
Le Shü-mon se place donc entre culture
et mythe.
Culture d’un peuple à la recherche
d’un mythe ; mythe d’un homme fidèle à une
culture et à son peuple, et, tout entier engagé
à la promotion d’un idéal inspiré
des pures traditions du terroir.
Telle fut l’œuvre de Njoya, Roi créateur
d’un devenir, et même d’un avenir pour les seins.
ET SI LE SHÛ– MOM SORTAIT
DU MUSEE…
Pour répondre à cette préoccupation,
il faut d’abord connaître ce qu’est le Shü
Mom, sa genèse, son évolution, pourquoi
il est entré au musée, quels efforts ont
déjà été fournis pour l’y
sortir. Malgré ces efforts, pourquoi reste t-il
dans le Musée et quelle stratégie faut il
finalement adopter ?
Le Shü-Mom est à la fois une écriture
et une langue inventée par le roi NJOYA en 1896.
D’abord une écriture pour conserver l’histoire,
les cultures, les us et coutumes de son royaume qui perdaient
progressivement sa substance initiale par le système
de tradition orale. Une langue pour tenter de substituer
le ‘’Shü-Pamben’’ langue du peuple Mbèn conquit
en 1394 par le roi NCHARE YEN, fondateur de la dynastie.