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LE PEUPLE
&
LE PAYS
BAMOUN
 

 

 

 

LE PEUPLE & LE PAYS BAMOUN

I-PEUPLE ET POLITIQUE

Cette page a été réalisée à partir des informations provenant du site royaumebamoun.com ; merci à son administrateur Ernest Moluh
   
  I.1-Formation du royaume
  I.2- Histoire du peuple Bamoun
  I.3- Dynastie royale
  I.4- Le roi Njoya
  I.5- L’équipe royale en place
  I.6- Les membres de la chefferie Bamoun en France
   
II-ART ET CULTURE 
   
Sommaire
  II.1- Symboles et armoiries Bamoun
  II.2- Les fêtes chez les Bamoun
  II.3- L’écriture Bamoun
  II.4- Sauver l’écriture Bamoun
  II.5- Rythme et genres chez les Bamoun
  II.6- L’art dans le royaume
 
 
 

II.2- Les fêtes chez les bamoun


Les fêtes avaient un impact considérable sur le cycle annuel des bamoun. C’est lorsque l’on parle du passé du pays Bamoun que l’on considère à quel point leur éclat et leur faste ont gravé les esprits.

Les visiteurs Allemands et les blancs résidant à Foumban assistaient souvent à ces somptueuses cérémonies qui, parfois même étaient organisées en leur honneur. Mais ils ne firent que très peu état de ces « plays » (jeux) dans leurs rapports. Sans doute, l’expression Anglaise étonnera-t-elle à première vue.

Toutefois, il ne faut pas oublier que NJOYA et les blancs ne communiquaient qu’en pidgin, cette langue qui servit aux relations commerciales et qui, venant de la côte, était déjà parlée dans les grassfields à l’époque coloniale Allemande.

C’est à la fête du Nl’a que richesses et magnifiances atteignaient leur paroxysme et que l’élite Bamoun venait s’exhiber en public. Tout un chacun revêtait son plus bel apparat et arborait ses plus précieux bijoux. L’on se rassemblait sur la place du Nl’a, devant le palais royal.
Le Roi lui-même apparaissait dans un splendide costume. Des cortèges de plus de cent danseurs, avec des masques d’animaux ou d’hommes sur la tête, traversaient la place et exécutaient leurs danses. Le point culminant de la fête était celui où le Roi se montrait dans sa magnifique tenue de danse.

Le Nja compte indéniablement parmi les plus grandes fêtes de la récolte qui ont eu lieu durant la saison sèche. Elle se déroule de mi-octobre à fin février.

Le Nguon était une autre grande fête au cours de la quelle on remettait son tribut à la cours du Roi. Une fois le maïs récolté, vers le mois de juillet, tous les Bamoun apportaient leurs tributs au palais royal : maïs, mil, chèvres, poules, huile de palme et de nombreuses autres denrées. Les artisans présentaient également leurs produits. C’est ainsi que chacun concourait au maintien du pays Bamoun et de l’organisation de la cour royale.

Mais pour faire la fête, on ne se limitait pas à ces occasions. Les jours de congés hebdomadaires, des groupes de danse se réunissaient, comme par exemple les membres de patambouo ou de ndanji, troupes de danse et de musique fondées par NJOYA
Pour accueillir les visiteurs, on organisait des jeux équestres d’origine musulmane, inspirés de ces spectaculaires manifestations issues des grands empires islamiques. Ces parades auront fortement contribué è l’image du pays Bamoun même si peu d’écrits les mentionnent.

SIGNIFICATION DU NGUON


Le Nguon : Une réalité polysémique

" Ufua let Nguon ne me ? "
Traduction : " m’ as-tu appelé ( invité ) pour me montrer le nguon ? " Autrement dit, cet adage est de ceux qu’un Bamun vous sert quand il est dépassé, abasourdi par une situation ou un comportement… qu’il ne pouvait attendre de quelqu’un de confiance. Nguon serait donc quelque chose d’inhabituelle ou, en tout cas, quelque chose qu’on ne dévoile pas n’importe comment, n’importe quand, n’importe ou et devant n’importe qui. Le faire pourrait porter malheur. On n’appelle donc pas un proche pour lui montrer le Nguon surtout quand il n’est pas initié.
Un tout petit coin de voile autour du Nguon n’a été levé qu’en 1976 quand feu le roi NJIMOLUH NJOYA Seidou a décidé de montrer publiquement l’ un des objets sacrés de Nguon à quelques unes de ses épouses. Avant cette date, les femmes et les enfants s’enfermaient quand ils entendaient au loin un instrument du Nguon.
Mais, au delà de ce coté mystique dont nous reparlerons d’ailleurs, "nguon" apparaîtra, tout au long des tentatives d’explication qui vont suivre, comme un mot essentiellement polysémique. Société sécrète, instrument de musique, grande fête du royaume. Nguon est tout cela à la fois. Par ailleurs, la conscience collective chez les Bamoun lui attribue diverses fonctions.

BRUIT DE VOL
Dans l’imagerie populaire surtout dans le monde des enfants, Nguon rappelle cette insecte au vol lourd et bruyant qu’ils aiment à pourchasser dans les bosquets des villages pour les faire voler au bout des cordes plus ou moins longues, affectionnant la musicalité du bruit de leurs vols. L’insecte male, avec ses mandibules encordées, le " kakandû " , vole plus lourdement et plus bruyamment que la femelle. Les enfants lui donnent donc leur préférence, à l’occasion des battues sur les traces des "Nguon".
La musique de l’instrument " Nguon" ressemble-t-elle au bruit du vol de l’insecte ? sans doute. "Histoires et coutumes des Bamoun" le définit comme l’instrument du "Yu-Njù" … les instruments de musique mystérieux dont se sert le "Vun-Njù" pour se faire entendre… Le plus souvent se sont les cornes de buffles, des flûtes de bambou ou bien des tambours plus ou moins grands…
" Histoire et coutumes des bamun " précise : "ceux qui sont dans le secret forment une société fermée,, dont les membres sont tenus d’être discrets sur ce qu’ils ont vu et sur ce qui est décidé dans les réunions, et c’est la ce qui peut justifier la désignation de société sécrète. Mais ceux qui font partie de cette société sont connus de tout le monde, même en dehors du clan… "Histoire et coutumes…" cite en cela C. FREV : coutumes Africaines, journal des missions évangéliques, 1930.
La société Nguon fonctionne comme une société d’initiés. Il y aura le Nguon de telle ou de telle contrée, avec son "Yu-Njù".
Mbansié est le "Yu-Njù" de la famille royale, Nguri est celui des princes…
Société mystique, le Nguon "parlera" donc une langue d’initiés. Notamment quand le roi vient à s’en aller, car le roi ne meurt pas chez les Bamun.

ROLES MULTIPLES

L’on trouvera les sociétés Nguon impliquées dans les rites Funéraires en mémoire du roi qui n’est plus . Elles détiendront compétence, parmi les rares personnes autorisées à nettoyer le cimetière royal, que ce soit les Nguon des jumeaux (car ils y avaient droit), ou ,bien ceux des autres notabilités ( Koms, princes,. Titas… ) auxquels le roi décidait souverainement d’attribuer le Nguon.
Dans la marche des affaires du royaume, les Nguon réunissaient des information s sur l’état des opinions, de sorte qu’au jour de la grande fête du nguon, la lance de la justice, le "Kù-Mùtngu" était plantée devant le roi et devant tout le monde dans les grandes court qui jouxte le palis ; tous les abus étaient dénoncés, les injustices réparées. Et dire qu’on a parlé des conférences nationales comme des inventions des seuls états modernes !
Le coté fête foraine de Nguon faisait converger vers Foumban toutes sortes de richesses du royaume. Chaque contrée apportait selon sa spécialité : les produits de récoltes, de la cueillette, de la chasse, de l’artisanat, etc… Tout y passait.
Certes, tout cela avait fini par prendre les allures de tributs forcés. Le colonisateur en prit d’ailleurs prétexte pour interdire l’une des plus vivantes manifestations de culture et d’organisation traditionnelle.
Pour continuer dans le registre de rôles multiples de Nguon citons ceux de promotions de l’économie, de redistribution des richesses du royaume, de constitution et de régulation des réserves alimentaires, de bénédiction pour que règne la paix, que les maladies cessent que s’installent la prospérité et la fécondité.
Nulle doute donc que la restauration de Nguon est, pour les Bamun, une occasion unique de ressourcement pour féconder le présent et préparer l’avenir. Quand bien même les organisateurs des assisses traditionnelles de Nguon se ferait un point d’honneur d’en sauvegarder ce que l’histoire a légué, ce forum ne saurait se contenter des seules vues des mystificateurs prêts à tirer profits de leurs rentes de situation sans rien concéder à la modernité. Parmi les "Fon Nguon" qui disent l’état de l’opinion, il devrait y avoir place pour des discours pluriels, sur les problèmes et réalités d’aujourd’hui, toutes sensibilités et composantes de la société confondues.

Isaac NJIFAKUE


Le Nguon : Elément d’histoire


On suppose que 200 à 300 personnes, femmes et enfants compris, ont franchis le fleuve à la suite du prince Nchare. Celui-ci soumit quelques sept principautés avant de s’établir dans un premier temps à Njimom. L’Etat Bamoun y est proclamé et Djimom devient la première capital du royaume.

Le pacte fondamental scellé sous l’arbre, sép au lieu dit Sâmba Ngùo stipule que :
L’ Etat Bamon est né et Nchare en est le roi. Il, désignera librement son héritier parmi ses fils.
- Les sept compagnons Kom (Nkom au singulier), cosignataires sont les conseillers intronisateurs de roi, chargés de garder la loi fondamentale de l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils sont autonomes. Ils ont le privilège de se donner la mort q’ils sont condamnés à la peine capitale par la justice pour haute trahison, par exemple.
De Djimom, Nchare conquiert une dizaine d’autres ethnies et établie sa nouvelle capital à Foumban après y avoir vaincu les Pa Mben qu’il réinstalle dans un quartier de la ville (Mamben). Le royaume a alors une dimension presque circulaire dont le diamètre est de 30 Km environ entre Djimom et Kundùm. On croit que la population se situe autour de 25 000 âmes.
Quand Mboumbou Mandù devint le onzième monarque vers lafin du XVIIIe siècle il entreprend de grandes conquêtes aux frontières naturelles du Mbam, de la Mapè et du Noun. Le territoire est multiplié par quatre. . La population a plus que doublé.
On évaluait la population Bamoun à 60 000 habitants au début du siècle pour une superficie de 7 700 Km2 environ.
Ce royaume est constitué d’un haut plateau (700m) à l’ouest, surmonté de trois massifs alignés – Mbapit, Nkogham et Mbam (2200. m) – et d’une plaine encaissée au pied de la falaise à l’Est de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam jusqu’au point de confluence avec le Noun près de Bafia.

CEREMONIE RITUELLE ET PROFANE

Cérémonie annuelle incontournable de l’état Bamoun depuis les origines jusqu’au début du XXe siècle, le Nguon était une manifestation culturelle extraordinaire pour les Bamoun jusqu’en 1924 quand les autorités coloniales françaises décidèrent de l’interdire pour des raisons à la fois politiques et administratives. Le Nguon était alors tombé en désuétude au point de devenir un élément du folklore que Feu Sultan Seidou Njimoluh Njoya convoquait tous les jours 10 ou 15 ans.
D’après le roi Njoya : " C’est Nchare Yen qui a dit que le Nguon est le signe royal de la race de Rifum ; c’est lui qui a dit que c’était le signe de payer la terre au propriétaire de cette terre à la fin de chaque année ; C’est ce qu’on appelle le Nguon, c’est-à-dire les gens vont donner le tribut au roi. Nchare venant de Rifum obligea les rois des pays dont il s’était emparé à donner le Nguon, et ils commencèrent à le donner, ce n’était pas beaucoup. Nchare dit qu’aussitôt que le Nguon était passé, il fallait donner le tribut à celui qui rassemble les armées". (Histoire et coutumes, 1952 :96).
Le roi NJOYA écrit encore qu’à l’époque de Nchare, on donnait peu, très peu (histoire et coutumes, 1952 :97).

Il s’agit – ici des produits qu’on apportait au roi des Bamoun pendant le Nguon. C’était une cérémonie annuelle immuable, qui avait lieu après la récolte du mil qui était alors la nourriture principale des bamoun. Nous avons relevé les passages suivant dans Histoire et coutumes des Bamoun :"A l’époque de Nchare, on donnait peu, très peu, mais lorsque Mboumbuo devint roi et qu’il vainquit plusieurs tribus, alors on donna beaucoup" (Njoya, 1952 :97).

En somme le volume des produits du Nguon s’accrut quand les Bamoun devinrent plus riches au XIXe siècle. L’ouvrage du roi Njoya rapporte des histoires liées au caractère mystique de Nguon.

S.A Dr NJI NJIASSE
NJOYA Aboubakar

Le Nguon et ses origines TIKAR

Certes nous venons tous de la vallée du Nil, ce berceau de l’humanité qu’est l’Egypte. Mais plus près de nous, les Tikar qui sont les ancêtres des Bamoun, des Mbamois et des Nso’ descendants originellement des ‘’Boum’’ de la vallée de l’Adamaoua et se sont installés à Banki (Rifoum).

Ce peuple nous dit l’histoire, a éclaté en trois grandes communautés :
• Celle des Bamoun avec Nchare Yen à Foumban,
• Celle des Nso’ avec Nguonso’ dans le Ndonga Mantung, et
• Celle des Mbamois avec Mfon-Mbam qui s’est installé Nditam.

Les Tikar sont un peuple de savane qui se trouve confronté à la vie de forêt. Aussi, pour réussir la maîtrise de la forêt, les Tikar prennent les ‘’masques’’ à contribution pour le rôle important qu’ils jouent entre les esprits et le milieu humain.
Ainsi, il y aura désormais une fête annuelle ‘’pour arranger les problèmes de la terre’’. L’on sollicitera la sagesse des esprits et des ancêtres pour bannir les conflits des hommes et réaliser l’harmonie au sein des différents groupes sociaux.
Les Chefs et les Cheftaines des tribus sont ceux qui patronnent les cérémonies avec les esprits. Les rituels y sont poussés à leur extrême ainsi que les libations dans le seul but de purifier le peuple. S’agissant de la maîtrise de l’eau, les pygmées étaient ceux qui donnaient ces pouvoirs aux Tikar.
En tout cas, la jonction entre les peuples de la savane et les esprits de la forêt se faisait au bout de sept jours de rituel ; c’est alors seulement au bout de cette période qu’intervenait la communion.
Les rites sont toujours pratiqués de nos jours à chaque début de semences pour s’assurer les faveurs des esprits dans l’attente des fruits de la terre.
Parmi les us et les coutumes Tikar que Nchare Yen a implanté en pays Bamoun, se trouve le Nguon qui de fait, est une émanation de tout ce qui précède et dont la tradition séculaire confirme une soif populaire de paix, de communion et de démocratie.
Le Nguon fut permanent de 1934 à 1924.Après son interdiction en 1924, il fallut attendre le règne du Sultan Seïdou NJIMOLUH pour opérer un retour timide mais salutaire en quatre éditions ( 1958, 1963, 1976, 1985 ).

Ce retour sera définitif avec le Roi Ibrahim MBOMBO NJOYA qui en a fait les assises traditionnelles et systématiques qui tous les deux ans rassemble le peuple Bamoun de l’intérieur et de la diaspora , comme pour marquer un temps dans la course et autres combats individuels.
C’est un espace et un temps pour jeter un coup d’œil rétrospectif, s’interroger, s’auto critiquer et repartir et repartir sur des pas plus sûrs à la conquête d’un avenir plus prospère parce que plus serein, afin d’obéir à la Tikarité du Nguon.

LE ROI ET SES ‘’ 9’’ NGUON


Le NGUON est la plus importante des fêtes traditionnelles Bamoun dont le caractère particulier est la DEPOSITION TEMPORAIRE Du Roi. Ce dernier comme vous venez de le voir est soumis au jugement sans complaisance du peuple érigé en Cour Suprême présidée par TANGOU ou Ministre de la justice.


En tant que véritables porte-parole du peuple, les FONA NGUON s’adressent directement et librement au roi, tant que les LANCES DE LA JUSTICE resteront plantées au sol. Enfin, les chefs du NGUON , dans un réquisitoire parfois accablant, meublé de reproches, de récriminations demandent justice et réparation à l’entourage du Roi lui-même.

En réponse à ce réquisitoire populaire, le Roi, après avoir été réinvesti de ses attributs royaux après le sacrifice du bélier au pied de la grande LANCE DE LA JUSTICE, remonte sur le trône sur ordre des FONA NGUON et livre comme nous le faisons en ce moment le discours du trône . Le message du Roi est en fait le bilan de l’exécution des recommandations et résolutions des FONA NGUON et de ses activités depuis la précédente édition du NGUON

Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya


LA DIMENSION SPACIOTEMPORELLE DU NGUON

LES COULISSES DU NGUON DES TEMPS MODERNES
Ni prophètes, ni démiurges, ni devins, ils ne sont rien de tout cela. Mais Philosophes, Ingénieurs, Communicateurs Sociologues, Etudiants, Hommes de Dieu et d’Eglise, Hommes de lettres de Culture et d’Agriculture, Hommes de Santé, Administrateurs, Hommes de l’Art et de l’artisanat, Paysans, Hommes de la Rue, Hommes du Droit, Hommes des Fiances, Hommes des Armes, Hommes d’affaires, Hommes de Politiques, Industriels, etc.… Nationaux comme Expatriés, jeunes et moins jeunes, Aristocrates ? Bourgeois ou Roturiers, ils participent au "Nguon".

Le "Nguon", c’est la connaissance du monde.


Au-delà de l’ésotérique, par delà le mythique et le mystique, le Nguon est réalité sociale. Il prend sa source dans le vécu quotidien, alimentant la réflexion, fécondant le vivier de la cohésion sociale.

Le monde aujourd’hui ? une réalité vivante et dynamique, plurielle et multidimensionnelle, dans l’interdépendance, l’interpénétration et l’universalisation des activités humaines.

Le "Nguon", c’est la connaissance du monde. Connaître le "Nguon", c’est connaître le monde de ces temps modernes à l’annonce du XXIème siècle avec les progrès de la science, de la technique et de la technologie.

Aussi, le Roi se fait-il un plaisir d’écouter chacun , de prêter une oreille attentive à ce qu’ils lui disent. "Ils" ? Les connaisseurs du monde. Chacun dans son domaine particulier ci-dessus énuméré de manière non exhaustive. Ils aident à la connaissance du monde, à désarticuler ses mécanismes, à dénouer ses agencements naturels, à comprendre sa complexité intime, en vue de dégager des apports positifs de la région, du Cameroun et de l’Afrique, à la manifestation de la culture universelle.

On dit alors : "Les yeux et les oreilles du Roi sont les Herbes". Ces herbes, voici quelques unes d’entre elles, présentées sous leur portrait du quotidien. Ils ont bien voulu avec modestie paraître dans ce journal avec des qualificatifs pour quelques-uns qui les ont volontiers acceptés, dans un esprit bon enfant : Ni prophètes, ni démiurges, ni devins…

Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya

LES INSTRUMENTS DU NGUON

Il y avait quatre vingt dix Nguon sous le règne du roi NJOYA. D’après Manshüt Nsangu Mandù et Nji Lùmbu, on fait encore état du même chiffre aujourd’hui. Mais en réalité, il y a un peu plus d’une centaine de Nguon dans le pays. Nous avons assisté à l’offre d’un Nguon par le roi NJIMOLUH NJOYA à sa première fille NJIMONGU PEMBOURA. Le premier objet sacré de cette société est l’instrument de musique qui était secret jusqu’en1976. Le Nguon est donc un ou plusieurs tambours à fiction que le roi offrait au nouveau possesseur. C’est cet objet qui reçoit les louanges et les épithètes flatteuses de toute sorte : Me Nyi ne mba, Meyam Mfon Pamom (bête du roi des bamun) Menyam Pakom ( bête des conseillers intronisateurs), Ho yu lo’ Rifum (objet sacré venu de Rifum) etc…
Un autre objet l’accompagnait –Ghùere rùm- calebasse récipient dans laquelle on avait mis de l’eau et des feuilles d’une plante spéciale qui rendait le liquide légèrement collant à la main produisaient le son.

Tardits dit : "en même temps que l’instrument, le donataire recevait un sac en fibres de raphia orné de plumes de Tonraco et de feuilles de "Sinsa Rùm", contenant des racines broyées, des écorces pilées, des résines et des paillettes à éclat métalliques que l’on croyait tombées de le lune. La chose importante était cette poudre réputée pour ses effets sur la germination des plantes, raison pour laquelle les femmes, sur le marché, la demandaient pour la mélanger aux graines, faciliter la guérison des malades… (Le Royaume Bamoun,1978 : 783-784).
En plus d’objets sacrés ci-dessus cités, les instruments de musique du Nguon sont très peu variés. Il y a juste une raclette ou frottoir dit Kpètkpèt et des hochets divers Ncha’ (calebasse). Un instrument notoire de chant du Nguon s’appelle Momekâ. C’est un roseau, bambou ou os à trois ouvertures dont les extrémités sont obstruées par des toiles d’araignées. Le chanteur utilise le trou central et les vibrations des toiles donnent un ton particulier à cette voix remarquable qui tranché nettement avec le reste. Les mélodies et les chants du Nguon sont extrêmement variés et le Monguon (membre) improvisent tout le temps. Certes, quelques mélodies créées depuis des siècles se sont pérennisées à cause de leur qualité intéressante.

Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya

LE DEROULEMENT DU NGUON

Le texte du roi Njoya n’a pas clairement décrit le déroulement de la cérémonie du Nguon. L’auteur a surtout insisté sur la liste des produits que la population apportait au palis, ainsi que sur la quantité de nourriture que le souverain offrait aux participants. C’est presque au hasard que la date d’entrée des Nguon à Foumban est indiquée ; c’est un vendredi (Yepnjuo) dans la soirée (Hist. Et cout. Bamoun, 1952 :97).

D’après nos informations, Nji Monkùp et Mfon Nguon Njimonchare "après la récolte du maïs, le roi faisait annoncer au marché de Foumban qu’après deux semaines, le troisième vendredi, les nguon entreront au palais. La nouvelle circulait partout dans le pays et les membres de la société entreprendraient une tournée "Shî rùm", chacun dans sa circonscription pour connaître les sentiments des administrés sur la gestion des affaires du pays. A la date convenue, c’est-à-dire le soir du troisième vendredi, le premier Nguon du pays, celui de Njimonchare entrait au palais de Fomban. Quand il était bien installé dans une de ces salles ou nous nous trouvons près du cimetière des rois ( gbetja ) il envoyait quelqu’un me prévenir au marché ou j’attendais. Nguon Monkùp entre dans le palais parla grande porte Nchut Pé il vient rejoindre celui du premier Nkom ici ou nous nous trouvons . Ce n’est qu’à la suite de nos deux Nguon que les autres entrent dans la concession royale. Ils vont tous dans la grande salle du trône "Nda Ruop" ou le Nguon du monarque vient se joindre à eux. On y danse en attendant la venue du roi. Vers minuit, nous descendons à la salle du trône et quand le roi arrive, il entonne le chant de Nguon et nous offre la boisson et des cuvettes de couscous (pâte de maïs) avec la viande.

Quand les Nguon arrivent au palais, le roi reçoit les Mfon Nguon individuellement pour connaître les premières informations qu’ils ont reçues de la population. Ce sont en quelques sorte les prémices des observations que le porte-parole de l’assemblée des chefs de Nguon va lui faire le lendemain après-midi. Ceci permet au souverain de préparer sa réplique et les mesures qu’il prendra en conséquence.
On fête au palais toute la nuit durant la matinée du samedi. Les jeunes membres de Nguon-Po nguon (enfant du Nguon) vont mendier "Nja’che" chez les reines et partant dans la ville. Ils distribuent les amulettes à ceux qui sont généreux et peuvent souvent maudire les méchants et les avares. Entre temps, la réunion des chefs de nguon a déjà eu lieu chez Njamgbié a Mamben la veille ou samedi matin quelque part au palais.

Dans l’après midi du samedi, la population se rassemble dans la grande cour du palais, la cour du Njâ. Le roi sort en procession avec les hauts dignitaires du pays : les Kom et Pomafon… pour s’installer sur le trône Mandù Yienù. En face, sont plantés les deux lances de la justice – Ku Mùtngu.

Les Mfon Nguon arrivent en procession à la cour de Nja ; le roi invite leur porte-parole a dire au public ce qui a été décidé par l’assemblée des Nguon-Shîrum. Celui-ci sort du rang et dresse le bilan critique annuel de la société bamoun. Si le roi a une réplique ou une justification à donner, il le fait ; et s’il n’a rien à dire, il se tait. Il procède ensuite au rituel par lequel les Kom renouvellent leur allégeance au roi, le "nuo kùebe". Il leur tend le bout de la canne du pays : Nkumbâ Ngû. Ceux-ci saisissent à tour de rôle l’autre extrémité de la dite canne et prononcent un Njuom, formule imprécatoire pour une fidélité et loyauté sous peine de malédiction. Au terme de cet acte de soumission de kom, le roi bénit la foule et se retire en procession au palais pour aller au cimetière des rois avec ses compagnons. Il procède aux sacrifices et libations sur les tombes des ancêtres ;

Pour clôturer la fête du Nguon, le roi édicte de nouvelles lois. Il charge Tangu, le chef de la justice, de les proclamer au marché de Foumban.

S.A.Dr NJI Njiasse Njoya.


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