Les fêtes avaient un impact considérable
sur le cycle annuel des bamoun. C’est lorsque l’on parle
du passé du pays Bamoun que l’on considère
à quel point leur éclat et leur faste ont
gravé les esprits.
Les visiteurs Allemands et les blancs
résidant à Foumban assistaient souvent à
ces somptueuses cérémonies qui, parfois
même étaient organisées en leur honneur.
Mais ils ne firent que très peu état de
ces « plays » (jeux) dans leurs rapports.
Sans doute, l’expression Anglaise étonnera-t-elle
à première vue.
Toutefois, il ne faut pas oublier que NJOYA et les blancs
ne communiquaient qu’en pidgin, cette langue qui servit
aux relations commerciales et qui, venant de la côte,
était déjà parlée dans les
grassfields à l’époque coloniale Allemande.
C’est à la fête du Nl’a que richesses et
magnifiances atteignaient leur paroxysme et que l’élite
Bamoun venait s’exhiber en public. Tout un chacun revêtait
son plus bel apparat et arborait ses plus précieux
bijoux. L’on se rassemblait sur la place du Nl’a, devant
le palais royal.
Le Roi lui-même apparaissait dans un splendide costume.
Des cortèges de plus de cent danseurs, avec des
masques d’animaux ou d’hommes sur la tête, traversaient
la place et exécutaient leurs danses. Le point
culminant de la fête était celui où
le Roi se montrait dans sa magnifique tenue de danse.
Le Nja compte indéniablement parmi
les plus grandes fêtes de la récolte qui
ont eu lieu durant la saison sèche. Elle se déroule
de mi-octobre à fin février.
Le Nguon était une autre grande fête au cours
de la quelle on remettait son tribut à la cours
du Roi. Une fois le maïs récolté, vers
le mois de juillet, tous les Bamoun apportaient leurs
tributs au palais royal : maïs, mil, chèvres,
poules, huile de palme et de nombreuses autres denrées.
Les artisans présentaient également leurs
produits. C’est ainsi que chacun concourait au maintien
du pays Bamoun et de l’organisation de la cour royale.
Mais pour faire la fête, on ne
se limitait pas à ces occasions. Les jours de congés
hebdomadaires, des groupes de danse se réunissaient,
comme par exemple les membres de patambouo ou de ndanji,
troupes de danse et de musique fondées par NJOYA
Pour accueillir les visiteurs, on organisait des jeux
équestres d’origine musulmane, inspirés
de ces spectaculaires manifestations issues des grands
empires islamiques. Ces parades auront fortement contribué
è l’image du pays Bamoun même si peu d’écrits
les mentionnent.
SIGNIFICATION DU NGUON
Le Nguon : Une réalité polysémique
" Ufua let Nguon ne me ? "
Traduction : " m’ as-tu appelé
( invité ) pour me montrer le nguon ? "
Autrement dit, cet adage est de ceux qu’un Bamun vous
sert quand il est dépassé, abasourdi par
une situation ou un comportement… qu’il ne pouvait attendre
de quelqu’un de confiance. Nguon serait donc quelque chose
d’inhabituelle ou, en tout cas, quelque chose qu’on ne
dévoile pas n’importe comment, n’importe quand,
n’importe ou et devant n’importe qui. Le faire pourrait
porter malheur. On n’appelle donc pas un proche pour lui
montrer le Nguon surtout quand il n’est pas initié.
Un tout petit coin de voile autour du Nguon n’a été
levé qu’en 1976 quand feu le roi NJIMOLUH NJOYA
Seidou a décidé de montrer publiquement
l’ un des objets sacrés de Nguon à quelques
unes de ses épouses. Avant cette date, les femmes
et les enfants s’enfermaient quand ils entendaient au
loin un instrument du Nguon.
Mais, au delà de ce coté mystique dont nous
reparlerons d’ailleurs, "nguon" apparaîtra,
tout au long des tentatives d’explication qui vont suivre,
comme un mot essentiellement polysémique. Société
sécrète, instrument de musique, grande fête
du royaume. Nguon est tout cela à la fois. Par
ailleurs, la conscience collective chez les Bamoun lui
attribue diverses fonctions.
BRUIT DE VOL
Dans l’imagerie populaire surtout dans le monde des enfants,
Nguon rappelle cette insecte au vol lourd et bruyant qu’ils
aiment à pourchasser dans les bosquets des villages
pour les faire voler au bout des cordes plus ou moins
longues, affectionnant la musicalité du bruit de
leurs vols. L’insecte male, avec ses mandibules encordées,
le " kakandû " , vole plus lourdement
et plus bruyamment que la femelle. Les enfants lui donnent
donc leur préférence, à l’occasion
des battues sur les traces des "Nguon".
La musique de l’instrument " Nguon" ressemble-t-elle
au bruit du vol de l’insecte ? sans doute. "Histoires
et coutumes des Bamoun" le définit comme l’instrument
du "Yu-Njù" … les instruments de musique
mystérieux dont se sert le "Vun-Njù"
pour se faire entendre… Le plus souvent se sont les cornes
de buffles, des flûtes de bambou ou bien des tambours
plus ou moins grands…
" Histoire et coutumes des bamun " précise
: "ceux qui sont dans le secret forment une société
fermée,, dont les membres sont tenus d’être
discrets sur ce qu’ils ont vu et sur ce qui est décidé
dans les réunions, et c’est la ce qui peut justifier
la désignation de société sécrète.
Mais ceux qui font partie de cette société
sont connus de tout le monde, même en dehors du
clan… "Histoire et coutumes…" cite en cela C.
FREV : coutumes Africaines, journal des missions évangéliques,
1930.
La société Nguon fonctionne comme une société
d’initiés. Il y aura le Nguon de telle ou de telle
contrée, avec son "Yu-Njù".
Mbansié est le "Yu-Njù" de la
famille royale, Nguri est celui des princes…
Société mystique, le Nguon "parlera"
donc une langue d’initiés. Notamment quand le roi
vient à s’en aller, car le roi ne meurt pas chez
les Bamun.
ROLES MULTIPLES
L’on trouvera les sociétés
Nguon impliquées dans les rites Funéraires
en mémoire du roi qui n’est plus . Elles détiendront
compétence, parmi les rares personnes autorisées
à nettoyer le cimetière royal, que ce soit
les Nguon des jumeaux (car ils y avaient droit), ou ,bien
ceux des autres notabilités ( Koms, princes,. Titas…
) auxquels le roi décidait souverainement d’attribuer
le Nguon.
Dans la marche des affaires du royaume, les Nguon réunissaient
des information s sur l’état des opinions, de sorte
qu’au jour de la grande fête du nguon, la lance
de la justice, le "Kù-Mùtngu"
était plantée devant le roi et devant tout
le monde dans les grandes court qui jouxte le palis ;
tous les abus étaient dénoncés, les
injustices réparées. Et dire qu’on a parlé
des conférences nationales comme des inventions
des seuls états modernes !
Le coté fête foraine de Nguon faisait converger
vers Foumban toutes sortes de richesses du royaume. Chaque
contrée apportait selon sa spécialité
: les produits de récoltes, de la cueillette, de
la chasse, de l’artisanat, etc… Tout y passait.
Certes, tout cela avait fini par prendre les allures de
tributs forcés. Le colonisateur en prit d’ailleurs
prétexte pour interdire l’une des plus vivantes
manifestations de culture et d’organisation traditionnelle.
Pour continuer dans le registre de rôles multiples
de Nguon citons ceux de promotions de l’économie,
de redistribution des richesses du royaume, de constitution
et de régulation des réserves alimentaires,
de bénédiction pour que règne la
paix, que les maladies cessent que s’installent la prospérité
et la fécondité.
Nulle doute donc que la restauration de Nguon est, pour
les Bamun, une occasion unique de ressourcement pour féconder
le présent et préparer l’avenir. Quand bien
même les organisateurs des assisses traditionnelles
de Nguon se ferait un point d’honneur d’en sauvegarder
ce que l’histoire a légué, ce forum ne saurait
se contenter des seules vues des mystificateurs prêts
à tirer profits de leurs rentes de situation sans
rien concéder à la modernité. Parmi
les "Fon Nguon" qui disent l’état de
l’opinion, il devrait y avoir place pour des discours
pluriels, sur les problèmes et réalités
d’aujourd’hui, toutes sensibilités et composantes
de la société confondues.
Isaac NJIFAKUE
Le Nguon : Elément d’histoire
On suppose que 200 à 300 personnes, femmes et enfants
compris, ont franchis le fleuve à la suite du prince
Nchare. Celui-ci soumit quelques sept principautés
avant de s’établir dans un premier temps à
Njimom. L’Etat Bamoun y est proclamé et Djimom
devient la première capital du royaume.
Le pacte fondamental scellé sous l’arbre, sép
au lieu dit Sâmba Ngùo stipule que :
L’ Etat Bamon est né et Nchare en est le roi. Il,
désignera librement son héritier parmi ses
fils.
- Les sept compagnons Kom (Nkom au singulier), cosignataires
sont les conseillers intronisateurs de roi, chargés
de garder la loi fondamentale de l’état et de veiller
à son application. Leur fonction est héréditaire
et ils sont autonomes. Ils ont le privilège de
se donner la mort q’ils sont condamnés à
la peine capitale par la justice pour haute trahison,
par exemple.
De Djimom, Nchare conquiert une dizaine d’autres ethnies
et établie sa nouvelle capital à Foumban
après y avoir vaincu les Pa Mben qu’il réinstalle
dans un quartier de la ville (Mamben). Le royaume a alors
une dimension presque circulaire dont le diamètre
est de 30 Km environ entre Djimom et Kundùm. On
croit que la population se situe autour de 25 000 âmes.
Quand Mboumbou Mandù devint le onzième monarque
vers lafin du XVIIIe siècle il entreprend de grandes
conquêtes aux frontières naturelles du Mbam,
de la Mapè et du Noun. Le territoire est multiplié
par quatre. . La population a plus que doublé.
On évaluait la population Bamoun à 60 000
habitants au début du siècle pour une superficie
de 7 700 Km2 environ.
Ce royaume est constitué d’un haut plateau (700m)
à l’ouest, surmonté de trois massifs alignés
– Mbapit, Nkogham et Mbam (2200. m) – et d’une plaine
encaissée au pied de la falaise à l’Est
de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam jusqu’au
point de confluence avec le Noun près de Bafia.
CEREMONIE RITUELLE ET PROFANE
Cérémonie annuelle incontournable
de l’état Bamoun depuis les origines jusqu’au début
du XXe siècle, le Nguon était une manifestation
culturelle extraordinaire pour les Bamoun jusqu’en 1924
quand les autorités coloniales françaises
décidèrent de l’interdire pour des raisons
à la fois politiques et administratives. Le Nguon
était alors tombé en désuétude
au point de devenir un élément du folklore
que Feu Sultan Seidou Njimoluh Njoya convoquait tous les
jours 10 ou 15 ans.
D’après le roi Njoya : " C’est Nchare Yen
qui a dit que le Nguon est le signe royal de la race de
Rifum ; c’est lui qui a dit que c’était le signe
de payer la terre au propriétaire de cette terre
à la fin de chaque année ; C’est ce qu’on
appelle le Nguon, c’est-à-dire les gens vont donner
le tribut au roi. Nchare venant de Rifum obligea les rois
des pays dont il s’était emparé à
donner le Nguon, et ils commencèrent à le
donner, ce n’était pas beaucoup. Nchare dit qu’aussitôt
que le Nguon était passé, il fallait donner
le tribut à celui qui rassemble les armées".
(Histoire et coutumes, 1952 :96).
Le roi NJOYA écrit encore qu’à l’époque
de Nchare, on donnait peu, très peu (histoire et
coutumes, 1952 :97).
Il s’agit – ici des produits qu’on apportait
au roi des Bamoun pendant le Nguon. C’était une
cérémonie annuelle immuable, qui avait lieu
après la récolte du mil qui était
alors la nourriture principale des bamoun. Nous avons
relevé les passages suivant dans Histoire et coutumes
des Bamoun :"A l’époque de Nchare, on donnait
peu, très peu, mais lorsque Mboumbuo devint roi
et qu’il vainquit plusieurs tribus, alors on donna beaucoup"
(Njoya, 1952 :97).
En somme le volume des produits du Nguon
s’accrut quand les Bamoun devinrent plus riches au XIXe
siècle. L’ouvrage du roi Njoya rapporte des histoires
liées au caractère mystique de Nguon.
S.A Dr NJI NJIASSE
NJOYA Aboubakar
Le Nguon et ses origines TIKAR
Certes nous venons tous de la vallée
du Nil, ce berceau de l’humanité qu’est l’Egypte.
Mais plus près de nous, les Tikar qui sont les
ancêtres des Bamoun, des Mbamois et des Nso’ descendants
originellement des ‘’Boum’’ de la vallée de l’Adamaoua
et se sont installés à Banki (Rifoum).
Ce peuple nous dit l’histoire, a éclaté
en trois grandes communautés :
• Celle des Bamoun avec Nchare Yen à Foumban,
• Celle des Nso’ avec Nguonso’ dans le Ndonga Mantung,
et
• Celle des Mbamois avec Mfon-Mbam qui s’est installé
Nditam.
Les Tikar sont un peuple de savane qui
se trouve confronté à la vie de forêt.
Aussi, pour réussir la maîtrise de la forêt,
les Tikar prennent les ‘’masques’’ à contribution
pour le rôle important qu’ils jouent entre les esprits
et le milieu humain.
Ainsi, il y aura désormais une fête annuelle
‘’pour arranger les problèmes de la terre’’. L’on
sollicitera la sagesse des esprits et des ancêtres
pour bannir les conflits des hommes et réaliser
l’harmonie au sein des différents groupes sociaux.
Les Chefs et les Cheftaines des tribus sont ceux qui patronnent
les cérémonies avec les esprits. Les rituels
y sont poussés à leur extrême ainsi
que les libations dans le seul but de purifier le peuple.
S’agissant de la maîtrise de l’eau, les pygmées
étaient ceux qui donnaient ces pouvoirs aux Tikar.
En tout cas, la jonction entre les peuples de la savane
et les esprits de la forêt se faisait au bout de
sept jours de rituel ; c’est alors seulement au bout de
cette période qu’intervenait la communion.
Les rites sont toujours pratiqués de nos jours
à chaque début de semences pour s’assurer
les faveurs des esprits dans l’attente des fruits de la
terre.
Parmi les us et les coutumes Tikar que Nchare Yen a implanté
en pays Bamoun, se trouve le Nguon qui de fait, est une
émanation de tout ce qui précède
et dont la tradition séculaire confirme une soif
populaire de paix, de communion et de démocratie.
Le Nguon fut permanent de 1934 à 1924.Après
son interdiction en 1924, il fallut attendre le règne
du Sultan Seïdou NJIMOLUH pour opérer un retour
timide mais salutaire en quatre éditions ( 1958,
1963, 1976, 1985 ).
Ce retour sera définitif avec
le Roi Ibrahim MBOMBO NJOYA qui en a fait les assises
traditionnelles et systématiques qui tous les deux
ans rassemble le peuple Bamoun de l’intérieur et
de la diaspora , comme pour marquer un temps dans la course
et autres combats individuels.
C’est un espace et un temps pour jeter un coup d’œil rétrospectif,
s’interroger, s’auto critiquer et repartir et repartir
sur des pas plus sûrs à la conquête
d’un avenir plus prospère parce que plus serein,
afin d’obéir à la Tikarité du Nguon.
LE ROI ET SES ‘’ 9’’ NGUON
Le NGUON est la plus importante des fêtes traditionnelles
Bamoun dont le caractère particulier est la DEPOSITION
TEMPORAIRE Du Roi. Ce dernier comme vous venez de le voir
est soumis au jugement sans complaisance du peuple érigé
en Cour Suprême présidée par TANGOU
ou Ministre de la justice.
En tant que véritables porte-parole du peuple,
les FONA NGUON s’adressent directement et librement au
roi, tant que les LANCES DE LA JUSTICE resteront plantées
au sol. Enfin, les chefs du NGUON , dans un réquisitoire
parfois accablant, meublé de reproches, de récriminations
demandent justice et réparation à l’entourage
du Roi lui-même.
En réponse à ce réquisitoire
populaire, le Roi, après avoir été
réinvesti de ses attributs royaux après
le sacrifice du bélier au pied de la grande LANCE
DE LA JUSTICE, remonte sur le trône sur ordre des
FONA NGUON et livre comme nous le faisons en ce moment
le discours du trône . Le message du Roi est en
fait le bilan de l’exécution des recommandations
et résolutions des FONA NGUON et de ses activités
depuis la précédente édition du NGUON
Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya
LA DIMENSION SPACIOTEMPORELLE DU NGUON
LES COULISSES DU NGUON DES TEMPS
MODERNES
Ni prophètes, ni démiurges, ni devins, ils
ne sont rien de tout cela. Mais Philosophes, Ingénieurs,
Communicateurs Sociologues, Etudiants, Hommes de Dieu
et d’Eglise, Hommes de lettres de Culture et d’Agriculture,
Hommes de Santé, Administrateurs, Hommes de l’Art
et de l’artisanat, Paysans, Hommes de la Rue, Hommes du
Droit, Hommes des Fiances, Hommes des Armes, Hommes d’affaires,
Hommes de Politiques, Industriels, etc.… Nationaux comme
Expatriés, jeunes et moins jeunes, Aristocrates
? Bourgeois ou Roturiers, ils participent au "Nguon".
Le "Nguon", c’est
la connaissance du monde.
Au-delà de l’ésotérique, par delà
le mythique et le mystique, le Nguon est réalité
sociale. Il prend sa source dans le vécu quotidien,
alimentant la réflexion, fécondant le vivier
de la cohésion sociale.
Le monde aujourd’hui ? une réalité
vivante et dynamique, plurielle et multidimensionnelle,
dans l’interdépendance, l’interpénétration
et l’universalisation des activités humaines.
Le "Nguon", c’est la connaissance
du monde. Connaître le "Nguon", c’est
connaître le monde de ces temps modernes à
l’annonce du XXIème siècle avec les progrès
de la science, de la technique et de la technologie.
Aussi, le Roi se fait-il un plaisir d’écouter
chacun , de prêter une oreille attentive à
ce qu’ils lui disent. "Ils" ? Les connaisseurs
du monde. Chacun dans son domaine particulier ci-dessus
énuméré de manière non exhaustive.
Ils aident à la connaissance du monde, à
désarticuler ses mécanismes, à dénouer
ses agencements naturels, à comprendre sa complexité
intime, en vue de dégager des apports positifs
de la région, du Cameroun et de l’Afrique, à
la manifestation de la culture universelle.
On dit alors : "Les yeux et les oreilles du Roi sont
les Herbes". Ces herbes, voici quelques unes d’entre
elles, présentées sous leur portrait du
quotidien. Ils ont bien voulu avec modestie paraître
dans ce journal avec des qualificatifs pour quelques-uns
qui les ont volontiers acceptés, dans un esprit
bon enfant : Ni prophètes, ni démiurges,
ni devins…
Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya
LES INSTRUMENTS DU NGUON
Il y avait quatre vingt dix Nguon sous
le règne du roi NJOYA. D’après Manshüt
Nsangu Mandù et Nji Lùmbu, on fait encore
état du même chiffre aujourd’hui. Mais en
réalité, il y a un peu plus d’une centaine
de Nguon dans le pays. Nous avons assisté à
l’offre d’un Nguon par le roi NJIMOLUH NJOYA à
sa première fille NJIMONGU PEMBOURA. Le premier
objet sacré de cette société est
l’instrument de musique qui était secret jusqu’en1976.
Le Nguon est donc un ou plusieurs tambours à fiction
que le roi offrait au nouveau possesseur. C’est cet objet
qui reçoit les louanges et les épithètes
flatteuses de toute sorte : Me Nyi ne mba, Meyam Mfon
Pamom (bête du roi des bamun) Menyam Pakom ( bête
des conseillers intronisateurs), Ho yu lo’ Rifum (objet
sacré venu de Rifum) etc…
Un autre objet l’accompagnait –Ghùere rùm-
calebasse récipient dans laquelle on avait mis
de l’eau et des feuilles d’une plante spéciale
qui rendait le liquide légèrement collant
à la main produisaient le son.
Tardits dit : "en même temps
que l’instrument, le donataire recevait un sac en fibres
de raphia orné de plumes de Tonraco et de feuilles
de "Sinsa Rùm", contenant des racines
broyées, des écorces pilées, des
résines et des paillettes à éclat
métalliques que l’on croyait tombées de
le lune. La chose importante était cette poudre
réputée pour ses effets sur la germination
des plantes, raison pour laquelle les femmes, sur le marché,
la demandaient pour la mélanger aux graines, faciliter
la guérison des malades… (Le Royaume Bamoun,1978
: 783-784).
En plus d’objets sacrés ci-dessus cités,
les instruments de musique du Nguon sont très peu
variés. Il y a juste une raclette ou frottoir dit
Kpètkpèt et des hochets divers Ncha’ (calebasse).
Un instrument notoire de chant du Nguon s’appelle Momekâ.
C’est un roseau, bambou ou os à trois ouvertures
dont les extrémités sont obstruées
par des toiles d’araignées. Le chanteur utilise
le trou central et les vibrations des toiles donnent un
ton particulier à cette voix remarquable qui tranché
nettement avec le reste. Les mélodies et les chants
du Nguon sont extrêmement variés et le Monguon
(membre) improvisent tout le temps. Certes, quelques mélodies
créées depuis des siècles se sont
pérennisées à cause de leur qualité
intéressante.
Source: S.A.Dr NJI Njiasse Njoya
LE DEROULEMENT DU NGUON
Le texte du roi Njoya n’a pas clairement
décrit le déroulement de la cérémonie
du Nguon. L’auteur a surtout insisté sur la liste
des produits que la population apportait au palis, ainsi
que sur la quantité de nourriture que le souverain
offrait aux participants. C’est presque au hasard que
la date d’entrée des Nguon à Foumban est
indiquée ; c’est un vendredi (Yepnjuo) dans la
soirée (Hist. Et cout. Bamoun, 1952 :97).
D’après nos informations, Nji
Monkùp et Mfon Nguon Njimonchare "après
la récolte du maïs, le roi faisait annoncer
au marché de Foumban qu’après deux semaines,
le troisième vendredi, les nguon entreront au palais.
La nouvelle circulait partout dans le pays et les membres
de la société entreprendraient une tournée
"Shî rùm", chacun dans sa circonscription
pour connaître les sentiments des administrés
sur la gestion des affaires du pays. A la date convenue,
c’est-à-dire le soir du troisième vendredi,
le premier Nguon du pays, celui de Njimonchare entrait
au palais de Fomban. Quand il était bien installé
dans une de ces salles ou nous nous trouvons près
du cimetière des rois ( gbetja ) il envoyait quelqu’un
me prévenir au marché ou j’attendais. Nguon
Monkùp entre dans le palais parla grande porte
Nchut Pé il vient rejoindre celui du premier Nkom
ici ou nous nous trouvons . Ce n’est qu’à la suite
de nos deux Nguon que les autres entrent dans la concession
royale. Ils vont tous dans la grande salle du trône
"Nda Ruop" ou le Nguon du monarque vient se
joindre à eux. On y danse en attendant la venue
du roi. Vers minuit, nous descendons à la salle
du trône et quand le roi arrive, il entonne le chant
de Nguon et nous offre la boisson et des cuvettes de couscous
(pâte de maïs) avec la viande.
Quand les Nguon arrivent au palais, le
roi reçoit les Mfon Nguon individuellement pour
connaître les premières informations qu’ils
ont reçues de la population. Ce sont en quelques
sorte les prémices des observations que le porte-parole
de l’assemblée des chefs de Nguon va lui faire
le lendemain après-midi. Ceci permet au souverain
de préparer sa réplique et les mesures qu’il
prendra en conséquence.
On fête au palais toute la nuit durant la matinée
du samedi. Les jeunes membres de Nguon-Po nguon (enfant
du Nguon) vont mendier "Nja’che" chez les reines
et partant dans la ville. Ils distribuent les amulettes
à ceux qui sont généreux et peuvent
souvent maudire les méchants et les avares. Entre
temps, la réunion des chefs de nguon a déjà
eu lieu chez Njamgbié a Mamben la veille ou samedi
matin quelque part au palais.
Dans l’après midi du samedi, la
population se rassemble dans la grande cour du palais,
la cour du Njâ. Le roi sort en procession avec les
hauts dignitaires du pays : les Kom et Pomafon… pour s’installer
sur le trône Mandù Yienù. En face,
sont plantés les deux lances de la justice – Ku
Mùtngu.
Les Mfon Nguon arrivent en procession à la cour
de Nja ; le roi invite leur porte-parole a dire au public
ce qui a été décidé par l’assemblée
des Nguon-Shîrum. Celui-ci sort du rang et dresse
le bilan critique annuel de la société bamoun.
Si le roi a une réplique ou une justification à
donner, il le fait ; et s’il n’a rien à dire, il
se tait. Il procède ensuite au rituel par lequel
les Kom renouvellent leur allégeance au roi, le
"nuo kùebe". Il leur tend le bout de
la canne du pays : Nkumbâ Ngû. Ceux-ci saisissent
à tour de rôle l’autre extrémité
de la dite canne et prononcent un Njuom, formule imprécatoire
pour une fidélité et loyauté sous
peine de malédiction. Au terme de cet acte de soumission
de kom, le roi bénit la foule et se retire en procession
au palais pour aller au cimetière des rois avec
ses compagnons. Il procède aux sacrifices et libations
sur les tombes des ancêtres ;
Pour clôturer la fête du
Nguon, le roi édicte de nouvelles lois. Il charge
Tangu, le chef de la justice, de les proclamer au marché
de Foumban.