Le 1er octobre 1961, s’est
tenu à Foumban, une conférence qui devait
sceller l’avenir du Cameroun, qui s’en souvient ????
L’ASBAF vous livre l’interview d’une
personnalité à l’époque des faits
: Jean Marcel Mengueme, ancien ministre, alors préfet
du Bamoun.
Source : Cameroon Tribune du 28 septembre
2005, par Nicolas AMAYENA, Aimé-Francis AMOUGOU.
La conférence constitutionnelle tenue à
Foumban au courant de l’année 1961, quelques
mois avant la date du 1er octobre, aura été
une étape majeure dans la mise en place du futur
Etat qui allait naître après la Réunification.
Petite ville presque inconnue et ne
payant pas du tout de mine à l’époque,
Foumban fut propulsée au devant de la scène
grâce à cet événement. Le
témoignage de Jean Marcel Mengueme, ancien ministre,
alors préfet du Bamoun.
Vous étiez préfet
du Bamoun en 1961 au moment où la ville de Foumban
devait accueillir la conférence constitutionnelle
préparatoire à la Réunification.
Quels souvenirs en avez-vous gardé ?
La conférence constitutionnelle
de Foumban a été un moment particulièrement
important dans ma carrière. Jusque-là,
j’avais été sous-préfet à
Djoum et à Saa. Je suis arrivé comme préfet
à Foumban le 12 mai 1960 et vers la fin de cette
année là, le président Ahmadou
Ahidjo voulait me muter à Garoua. Mais, le sultan
des Bamoun, Seidou Nji Molluh et le ministre de l’Intérieur,
Njoya Arouna, pour une fois, se sont mis d’accord pour
demander au président de la République
de me laisser à Foumban.
Au plan politique, en quoi
consistaient les préparatifs ?
Dès que la nouvelle de la tenue
de cette conférence à Foumban a été
annoncée, nous avons eu la visite d’un compatriote
anglophone dont je ne peux oublier le nom, Sah Mofor.
Il est venu à Foumban nous demander de mobiliser
la population afin que ces assises connaissent un grand
succès, parce que l’événement était
très important pour notre pays. Il nous a longuement
entretenus sur l’avantage que nous avions au niveau
de Foumban d’abriter cette conférence constitutionnelle
et pour le pays en général qui devait
ainsi renaître après la très longue
et douloureuse division. Aussitôt, nous avons
lancé une vaste campagne de sensibilisation des
populations.
Arrive la conférence,
comment ça se passe ? Qui sont les principaux
acteurs en dehors de ceux que nous connaissons ?
De ma position de préfet, j’avoue
que je n’approchais pas trop ces personnalités.
Toutefois, je dois reconnaître comme tout le monde
le sait, qu’il y a eu des acteurs de premier plan pendant
ces assises : Ahmadou Ahidjo, John Ngu Foncha, Salomon
Tandeng Muna… mais aussi ce Sah Mofor dont je parlais
tantôt. Il n’avait aucun rôle officiel,
mais on l’a vu un peu partout, au four et au moulin,
œuvrant pour la réussite de l’événement.
De manière générale, les débats
étaient très houleux, comme nous l’apprenions
dans les coulisses ; car, chaque délégation
défendait fermement sa position. Permettez-moi
cependant de m’appesantir; à partir de la position
que j’occupais, sur le climat social qui a régné
tout au long de la conférence. C’était
la sérénité, la convivialité
et la fraternité qui ont prévalu à
Foumban. Tout à l’heure, j’ai oublié de
parler de quelqu’un qui a joué un rôle
considérable pendant cette conférence,
même s’il n’était pas toujours en salle.
C’est le sultan Seidou Nji Molluh. En effet, la conférence
était prévue pour durer trois jours, mais
elle a finalement mis une semaine, grâce à
lui en partie. Il avait mis un point d’honneur à
ce que les Camerounais présents à Foumban
se sentent totalement chez eux. Il a offert la ville
de Foumban dans ses moindres délices à
ses hôtes et c’était plus rassurant encore
pour nos frères anglophones. Ce sont ces mêmes
assurances qui leur étaient données pendant
la conférence qu’ils avaient plus à gagner
de la réunification.
Il y a également une autre personnalité
que je citerai, c’est le ministre des Affaires étrangères
Betayené qui a joué un rôle particulièrement
important pendant les travaux. Il veillait personnellement
à ce que chaque personnalité présente,
surtout nos compatriotes venus de l’autre côté
du Mungo, ne manquent de rien. A cet égard, il
y avait la fameuse " auberge de Foumban "
qui servait de cadre de relaxation aux participants
(rires). Tout cela participait d’une certaine mise en
confiance de nos compatriotes.
Est-ce qu’il vous était
revenu que du côté de la délégation
venue du Cameroun britannique, certains ne voulaient
plus de cette réunification ?
Bien sûr, on nous a dit qu’il
y avait des opposants à la réunification
qui avaient pris part à la conférence,
mais je ne peux pas vous donner la preuve que tel ou
tel était contre la réunification. Mais,
il y avait des compatriotes de l’autre côté
qui estimaient qu’ils pouvaient évoluer tout
seuls après l’indépendance du Cameroun
britannique, sans s’unir avec les " Français
", parce qu’ils nous appelaient ainsi. Tandis que
d’autres comme Foncha ou Tandeng Muna étaient
là pour leur dire qu’ils avaient tout intérêt
à retrouver leurs frères.
Où s’est tenue la conférence
à Foumban et comment étaient organisés
les travaux ?
C’est au lycée technique de
Foumban actuel, alors appelé Ecole normale des
instituteurs adjoints (ENIA) que s’est tenue la conférence
constitutionnelle, non loin du domicile de Njoya Arouna.
Les salles de classe et la salle principale avaient
été aménagées pour accueillir
les conférenciers. La cérémonie
d’ouverture de la conférence avait été
présidée par Ahidjo et Foncha, les deux
chefs de délégation, et les travaux se
sont poursuivis en ateliers. Mais, je le redis, cela
ne relevait pas de ma compétence. Mon rôle
était de m’assurer que les participants étaient
bien entretenus à Foumban. Et 44 ans après,
je dois reconnaître que les populations de Foumban
en particulier ont largement contribué à
la réunification de ce pays, grâce à
leur hospitalité. A la fin de la conférence,
les gens regrettaient de partir. Pour beaucoup, une
semaine, c’était finalement trop peu.
Entre la fin de la conférence
et le 1er octobre 1961, comment ça s’est passé
?
Tout était déjà
sur les rails de part et d’autre, on attendait plus
que la date du 1er octobre pour concrétiser le
grand engagement de revoir à nouveau le Cameroun
uni. Au plan personnel, après la conférence,
ma mission à Foumban était terminée,
puisque j’ai été affecté à
Garoua.