1 – Vous êtes Bamoun, vous travaillez en France.
Dites-nous à quand remonte votre adhésion à l’ASBAF ?
J’ai eu l’information sur l’existence de l’ASBAF
le jour de mon arrivée en France pour poursuivre mes études.
A ma descente d’avion, mon cousin m’avait emmené chez
« Tantine » où nous dégustâmes le plat mythique
des Bamoun. Savourer le couscous au déjeuner à Paris,
le lendemain de son départ du Cameroun, c’était « un
véritable retour au pays natal ».
Pendant le repas, elle nous a parlé de l’importance
de la dynamique collective et par voie de conséquence
de l’ASBAF. Je lui ai demandé
si je pouvais adhérer sans être parisien. C’était possible.
Cependant mon adhésion restera très virtuelle pendant
les premières années, parce que comme tous les autres
Bamoun de Reims, je n’avais participé qu’aux soirées de
fin d’année. L’éloignement et les études expliquant cette
situation. Depuis 1995, je suis plus fréquent à l’ASBAF,
aux réunions et contribue modestement à son rayonnement.
Je ne suis plus étudiant, j’aurai pu être de retour au
Cameroun, mais, je travaille encore
en France et heureux d’être membre de l’ASBAF.
2 – Comment était L’ASBAF à votre
arrivée ?
A mon arrivée, elle correspondait
à un club des nostalgiques, des gens éloignés de leurs
racines. Solidarité Bamoun oblige en terre étrangère.
On y parlait Bamoun. La plupart des membres étaient de
mon âge, et jouaient aux petits vieux en déversant les
proverbes à chaque prise de parole, la sagesse de village
en terre parisienne ! On y passait de très bons moments.
A mon arrivée l’ASBAF était unique en son genre. En son sein, se trouvait
un groupe d’amis qui décidait de tout, leurs loisirs correspondaient
à ceux de l’association. Ils étaient les inconditionnels
de l’association et étaient tous présents à chaque rencontre.
Cela a permis de structurer l’association autour d’un
noyau dur.
3 – Depuis votre adhésion à l’ASBAF,
quelle vision avez-vous du parcours de l’association ?
Au départ, l’ASBAF était axée sur la solidarité en milieu migrant « le
mariage, les naissances, le décès, les assurances… ».
Elle a beaucoup évolué.
Elle a offert une plate forme pour la création de la chefferie
Bamoun en France. Aussi est-elle le lieu de conception,
de production et de diffusion de la culture Bamoun. On
s’y refuse de faire de la politique, à vous de me dire
lequel des Bamoun n’en fait du tout (rire). Un Bamoun
sans opinion, vous y croyez-vous. S’il est serpent à deux
têtes, n’est-ce pas parce qu’il pourrait avoir aussi plus
d’une opinion. (Rire).
4- Quelle est la grande épreuve difficile que l’ASBAF ait rencontrée ?
La scission. Fidèle à la tradition bamoun,
l’ASBAF n’a
pas pu à un certain moment de son parcours écouter la
nouvelle vague des jeunes. Habituée à un rythme bien maîtrisé,
elle a longtemps été fidèle aux mêmes activités avec plus
ou moins les mêmes fortunes. La peur de l’inconnu et le
caractère révolutionnaire de la demande des jeunes l’avait
refroidie. Aussi s’est-elle repliée sur elle même pour
se protéger. D’où le départ d’un groupe de jeunes pour
créer une autre association, l’ASN.
Comprenant les réactions de part et d’autre, j’avais soutenu
les initiatives des jeunes qui ont d’ailleurs une autre
vision de la dynamique communautaire avec des grands projets
pour le pays Bamoun, je les ai reçus et j’ai apporté mon
aide à l’émergence de leurs idées. Je suis très attentif
à ce qu’ils font et me réjouis du partenariat dynamique
qui unit l’ASBAF et l’ASN
aujourd’hui.
5
– Quels sont les éléments à améliorer pour le développement
de l’ASBAF ?
L’Asbaf avait besoin d’une
équipe jeune, dynamique, ouverte sur le monde capable
d’écoute parce que l’homme Bamoun est naturellement insoumis
même s’il est absolument royaliste. Dites-vous que pour
rassembler des gens qui se prennent individuellement pour
« une armée qui remportera la guerre »,
cela n’est pas du tout évident. L’insuffisance de l’expertise
au sujet du développement du pays Bamoun fait que l’Asbaf
n’a favorisé ou enregistré aucun jumelage aujourd’hui.
Pourtant, il y a bien 36000 Communes en France avec les
bras bien tendus à moins que ceux du pays Bamoun soient
bien croisés. L’ASBAF est quand
même le foyer des élites Bamoun de France.
6 – Quelle vision
de l’ASBAF pour les 10 prochaines
années ?
L’ASBAF a prouvé son utilité
sur plusieurs plans et son bilan est globalement positif.
Elle est aujourd’hui pour l’essentiel, une niche de solidarité
positive, d’accueil, d’accompagnement, de soutien, de
partage, d’intégration et de diffusion de la culture Bamoun.
Il faudrait qu’elle devienne aussi une niche de co-développement
et conseil d’orientation et d’insertion professionnel
des jeunes ressortissant du Noun.
La nouvelle équipe s’inscrit dans la prospective. Elle
n’est plus tournée vers le passé, mais résolument vers
l’avenir.
Elle s’est engagée en plus de ses missions classiques
de solidarité de
réfléchir sur :
-
Le devenir de la communauté Bamoun de France et d’Europe
-
L’intégration et l’insertion économique du Bamoun en France
-
La prospective socio économique du pays Bamoun
-
Le renouveau de la coopération décentralisée (France-Noun)
-
Le soutien aux ONG actifs dans le département du NOUN
-
La redynamisation de la langue Shù Mum au moyen du financement structurel de l’enseignement
-
L’enseignement de l’histoire Bamoun aux enfants de France
-
La construction du centre culturel Bamoun à Paris
Cette tournure qui fera de l’ASBAF
une plate forme de réussite de l’immigration Bamoun en
France comme l’avaient rêvé les fondateurs. Aujourd’hui
plus qu’hier, l’ASBAF attire
de plus en plus. Tous les âges se fréquentent dans le
respect de nos traditions. La tradi-modernité
Bamoun en France est une réalité. Aussi essayons-nous
d’être utiles ici
et là bas via l’ASBAF.
|